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Sages-Femmes humanitaires : des professionnels engagés au secours des femmes et nouveau-nés

En sortant de la salle de consultation sise à la maternité Kolamba de Kazumba, la jeune Merveille MUTSHINA 16 ans ne savait pas qu’avant la nuit, elle pouvait allaiter pour la toute première fois. Même les cliniciens qui l’ont consultée étaient persuadés qu’elle avait une grossesse supposée en trente-deux semaines. Elle était venue se faire examiner à cause de légères douleurs au bas du dos irradiant vers le bas-ventre. Les prestataires qui l’ont reçue n’ont pas su reconnaitre le démarrage du vrai travail d’accouchement et lui ont prescrit des calmants qui ne pouvaient en aucun cas stopper la progression d’un vrai travail d’accouchement.  Cette femme enceinte et son bébé ont eu la vie sauve grâce à sa rencontre dans le couloir avec la sage-femme Espérance Mujinga qui a contribué au petit miracle dans sa vie. Incapable de se procurer les médicaments de deux (02) dollars prescrits depuis une semaine, elle pensait à un accouchement lointain qui coïnciderait avec le retour éventuel de son conjoint qui ne donne plus de signe de vie depuis l’Etat d’urgence et le confinement décrétés en RDC à cause de la pandémie du coronavirus ayant pour épicentre Kinshasa, la capitale où il exerçait le métier de chauffeur de taxi.  


La sage-femme Esther Moseka en pleine réanimation du nouveau-né par le dégagement des voies respiratoires au centre de santé de Muzimaria(Bunia, Ituri)

Si elle avait osé faire à pied les 20 kilomètres du trajet vers son domicile, elle aurait forcé des complications d’un accouchement imprévisible sur le bord de la route. La jeune gestante en souffrance n’a pas échappée à l’œil entrainé de la sage-femme Espérance Mujinga, qui la croise dans le couloir et à qui elle déclare que sa grossesse n’était que de 32 semaines alors qu’elle accusait déjà une dilatation de plus de 6 centimètres. L’action de la sage-femme a permis de corriger l’erreur du diagnostic des cliniciens sur l’âge de la grossesse. La prise en charge par la sage-femme avec usage du partogramme a permis à la jeune femme de donner naissance à un bébé mature et en bonne santé pesant 2500 grammes ayant un bon fonctionnement du cœur et un rythme respiratoire acceptable.

L’émerveillement que suscite l’intervention de Espérance, la sage-femme humanitaire déployée dans la zone de santé de Kalomba (Kasaï) par l’UNFPA est aussi partagée par Esther Moseka, postée à plus de 200 kilomètres au loin, dans la zone de santé de Bunia (Ituri). En pleine séance de planification familiale, une gestante de 19 ans fut prise de court par les contractions de sa seconde grossesse et qui ne pouvait plus tenir sur une chaise.

Prise en charge en urgence, elle donna naissance à une fillette de 3400g sortie difficilement par le siège sans activité respiratoire. Après réanimation, le bébé s’est adapté et est complétement rétablie. Depuis le mois d’Avril 2020 et sur financement du CERF UF, l’UNFPA a déployé des sages-femmes dans 16 zones de santé du pays pour assurer l’accès aux droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles dans les communautés affectées par les conflits.

La première initiative du genre en RDC a permis à l’UNFPA de déployer en 2019, une promotion de 18 sages-femmes humanitaires qui ont réussi les prouesses suivantes :

  • 23 810 Accouchements assistés par un personnel qualifié dans 18 Zones de santé,
  • 24 321 Nouveau-nés ont bénéficié des soins essentiels à l’accouchement,
  • 2 148 Césariennes réalisées dans 18 Zones de santé,
  • 601 cas fistules obstétricales ont été réparés,
  • 3 015 Transfusions sanguines effectuées dans la zone d’intervention du CERF UF,
  • 10 846 Femmes et filles ont reçu les kits de dignité dans la zone d’intervention du projet,
  • 891 femmes (dont les survivantes de violences sexuelles, les porteuses de fistules réparées et autres vulnérables) ont bénéficié du kit de réinsertion socio-économique,
  • 24 993 femmes ont adhéré aux nouvelles méthodes de la contraception moderne,
  • 2398 Survivantes des Violences Basées sur le Genre ont bénéficié d’une prise en charge médicale,
  • 2879 Survivantes des Violences Basées sur le Genre ont bénéficié d’une prise en charge psychosociale,
  • 1 429 cas des Violences Basées sur le Genre ont été pris en charge médicale dans les 72 heures,
  • 23 722 Cas d’IST prises en charge par l’approche syndromique dans 18 zones de santé,
  • 1 006 478 préservatifs distribués (dont 918 512 masculins et 87 966 féminins).

Au cours de la même année, L’UNFPA a appuyé la formation de 735 sages-femmes au sein des institutions académiques.


Cérémonie d’inauguration des 3 nouveaux auditoires de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) de Tshikapa(Kasai)

Au début de cette année, l’UNFPA a réhabilité 3 auditoires de la filière sages-femmes de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) de Tshikapa et équipé la salle pratique de cette institution, construite par l’ASBL SANRU, qui met sur le marché en moyenne 150 sages-femmes chaque année.

 

Par Théophane PATINVOH(Goma) avec la participation de  Joseph NAKIKULULA KIKUNI(Bunia), Dr  Marguerite Kunduma(Kananga) et Dr Marini Atimango(Tshikapa)et de Henriette Eke(Conseillère pays)