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La nouvelle épidémie d'Ebola frappe plus durement les femmes et les filles en République démocratique du Congo

5 septembre 2018
Le conflit en République démocratique du Congo contrecarre les efforts visant à fournir des soins de santé sexuelle et reproductive aux femmes et aux filles dans le besoin. © UNFPA République démocratique du Congo

MANGINA, République démocratique du Congo – Le 1er août, juste une semaine après que l’Organisation mondiale de la santé ait déclaré la fin de la neuvième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, la dixième survint.

« Nous avons eu deux malades dans le centre - un homme et un jeune - qui sont morts de causes inconnues », s'est rappelé sœur Yvette Kanyere, directrice du centre de santé de référence de Mangina. « Ils saignaient de partout et nous ne savions pas ce qui leur était arrivé »

Située dans la province du Nord-Kivu, Mangina est maintenant l’épicentre de l’épidémie mortelle. En un peu plus d'un mois, plus de 130 personnes ont été infectées et 90 sont décédées.

Alors que la nouvelle de l’épidémie se propage, des personnes ayant désespérément besoin de soins médicaux préfèrent s'éloigner des centres de santé par peur du risque d'être infectées sur place.

Mais, encourager les membres de la communauté à se faire soigner et les sensibiliser sur les mécanismes de transmission du virus Ebola ne sont que quelques-uns des défis auxquels sont confrontés les agents de santé en République démocratique du Congo.

Pour aggraver la situation, la récente épidémie a frappé, pour la première fois dans l’histoire du pays, une zone à conflit actif.

Les Nations Unies et d'autres organisations humanitaires ont appelé à un accès sécurisé des zones aux populations touchées. Cependant, une série de groupes armés restent actifs dans la région, créant des obstacles importants à la mobilisation des équipes d'intervention pour identifier et surveiller les cas et fournir des services de santé vitaux à l'ensemble de la population.

« Je suis une victime »

Les travailleurs sont confrontés à un autre risque lorsqu'ils dispensent des soins à ceux qui en ont besoin.

« Je suis victime d'Ebola » a déclaré à l'UNFPA Paluku Kalala, un anesthésiste au Centre de santé de référence de Mangina. « J'ai été infecté avec mon épouse, qui est technicienne de laboratoire. J'ai été infecté en salle d'opération en faisant une césarienne. Le médecin, l'assistant et moi étions tous infectés. »

Déjà, de nombreux agents de santé du Nord-Kivu ont contracté le virus Ebola tout en traitant des patients atteints de la maladie.

Kavira Furha est infirmière au Centre de Santé de Référence de Mangina. « J'ai déconnecté le tube d'un enfant qui était malade », a-t-elle déclaré à l'UNFPA. « Le sang du patient a sauté sur mon front. Après deux jours, j'ai commencé à montrer des signes d'Ebola. J'ai eu des douleurs abdominales et des maux de tête. Ma tête me faisait très mal. Après deux jours de plus, j'ai commencé à vomir. C'est alors que j'ai été confirmé positive pour Ebola. »

Un manque de formation pour les acteurs de soins de santé, des pénuries d'approvisionnement et des installations surpeuplées contribuent en somme à la complexité de la mise en œuvre de la lutte contre Ebola dans le Nord-Kivu et les régions avoisinantes. En conséquence, les systèmes de santé étant submergés certains centres de soins demeurent sans accès à des services vitaux, y compris des soins de santé sexuelle et reproductive.

Les plus vulnérables

Au total, aucun groupe n’a été plus durement touché que les femmes et les filles, qui représentent environ 60% des personnes infectées, plus de la moitié d'entre elles étant en âge de procréer.

En tant que gardiennes traditionnelles des malades, les femmes courent souvent un risque accru d'exposition. Mais dans un pays qui se débat déjà pour lutter contre différentes formes de violences sexistes omniprésentes et profondément ancrées, les risques pour les femmes et les filles dans un context de crise,  que créer l’actuelle épidémie, sont particulièrement élevés.

Les récits de viols commis par des membres de groupes armés se sont intensifiés depuis le début du conflit. Les rapports suggèrent que les besoins des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et reproductive sont une priorité absolue - et ceci même avant l’attaque du virus Ebola.

« Les femmes sont les plus touchées par l’épidémie d’Ebola au Nord-Kivu et en Ituri », a déclaré Sennen Hounton, représentant du FNUAP pour la République démocratique du Congo. « C'est pourquoi l'UNFPA est impliqué dans la communication, la prévention et le contrôle des infections en donnant la priorité aux points de prestation des services de santé de la reproduction et en protégeant les effectifs des sages-femmes. »


Assurer les besoins de santé sexuelle et reproductive des femmes et des
filles est essentiel pour ne pas négliger la réponse globale à l’épidémie
d’Ebola. Le personnel de l'UNFPA évalue les besoins d'une maternité
​​​​touchée par le virus. © UNFPA République démocratique du Congo

Informer, Atteindre

L'UNFPA travaille avec des partenaires pour prévenir la propagation de la maladie à virus Ebola et veiller à ce que les services de santé sexuelle et reproductive restent disponibles. L'UNFPA a déjà fait don de dix tonnes de matériel médical et chirurgical pour répondre aux besoins sexuels et reproductifs de plus de 30 000 personnes dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, notamment les femmes enceintes, les victimes de violences sexistes et les femmes et les filles en besoin de planification familiale.

L'UNFPA a également fourni un appui technique et des fournitures essentielles, notamment 10 000 seringues de vaccination, pour renforcer les mesures de contrôle et améliorer les services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène dans les établissements de santé et les communautés.

Pour assurer la sécurité des accouchements et prévenir la transmission de la maladie à virus Ebola dans les centres médicaux, l'UNFPA forme également des sages-femmes et rénove les maternités qui sont exposées au virus.

Ce type de soutien n'a jamais été plus nécessaire, affirment les sages-femmes dans les zones touchées.

« Les femmes viennent [encore] accoucher, mais par rapport aux mois de juin, juillet et août, elles sont en déclin », a déclaré Muisa Paluku Kigera, une sage-femme du Centre de santé de référence de Mangina. « Les femmes ont peur de venir au [centre], craignant qu'Ebola est toujours dans le bâtiment. »

Pour sensibiliser aux pratiques de prévention et de contrôle des infections - ainsi qu'aux interventions que l'ONU et ses partenaires ont déjà mises en place pour contrôler l'épidémie - l'UNFPA soutient les efforts d'engagement communautaire et d'autres communications.

Grâce à des émissions télévisées et radiophoniques, des dépliants, des panneaux d’affichage, des communiqués de presse et autres, près de 17 000 personnes ont été atteintes - à la maison, dans leurs églises et sur les marchés - avec des informations essentielles pour prévenir et contrôler la maladie.

« Depuis que j'ai commencé des séances de sensibilisation, j'ai constaté des changements dans le comportement des gens », a déclaré Sœur Kanyere, qui fait maintenant partie d’un groupe de femmes qui travaillent dans l'éducation des communautés sur les méthodes de prévention.

« On peut voir que les gens se lavent maintenant les mains et qu’ils sont de plus en plus responsables dans leurs choix sexuels parce qu’on leur a dit qu’Ebola pouvait se transmettre sexuellement. »

Comme beaucoup, sœur Kanyere reste optimiste.

« Nous prions pour que cette épidémie cesse », a-t-elle déclaré.     

                                                                                                  – Aimee Manimani Nsimire