Vous êtes ici

INTERVIEW du Président Association des Vainqueurs d’Ebola

La fin de de la 12eme épidémie de la MVE a été déclarée par le gouvernement le 4 mai 2021. Si cette déclaration est une bonne nouvelle, elle arrive avec beaucoup de défis. En effet, il faut tout faire pour l’adoption des comportements qui peuvent déclencher la maladie. Pour cela, il faut poursuivre et renforcer la sensibilisation auprès des vainqueurs d’Ebola.  Le Président national de l’Association des Vainqueurs d’Ebola (AVE-RDC), Dr Philemon Tsongo en exprime la nécessité.

Bonjour Dr, l’AVE-RDC avait été consternée que cette résurgence est intervenue par l’imprudence d’un de vos membres. A présent que la maladie est contenue, quels sont vos sentiments ?

Nous avons le sentiment de satisfaction et de joie pour la déclaration de la fin de cette 12ème épidémie de la MVE et nous profitons de cette occasion pour remercier sincèrement tous les intervenants notamment les VAINQUEURS D’EBOLA pour leur  prompte participation active  et sensibilité, la DPS/ NORD –KIVU qui a prouvé son dynamisme de contenir cette épidémie dans un bref délai contrairement à la 10ème épidémie de 2018. Encore coup de chapeau aux survivants de la MVE qui se sont investis dans la sensibilisation de masse par leur témoignage pour persuader la communauté que Ebola est une maladie réelle et grave. Et voilà nous avons aujourd’hui le résultat sur table.

En réaction à cet état de fait, vos membres s’étaient engagés dans la campagne pour la protection de la communauté. Pouvez-vous nous dire les activités précises que vous avez menées et les résultats obtenus ?

Oui, en réponse de cette résurgence partie de la famille d’un survivant de la MVE de BIENA, les membres de l’AVE-RDC se sont engagés avec l’appui  financier de UNFPA dans la campagne de protection de la communauté à travers les activités de sensibilisation et communication dans 7 zones de santé (BIENA, BUTEMBO, KATWA, MUSYENENE, BENI, MABALAKO et OICHA). Pratiquement :

  • Nous avons commencé par la formation des membres de AVE-RDC de ces 7 zones de santé sur :
  • Les connaissances générales sur la MVE {définition, symptômes, épidémiologie en RDC) mais aussi sur COVID-19,
  • Mode de transmission ou contamination,
  • Comment se prévenir et protéger la communauté contre la MVE,
  • Le traitement de la MVE  en insistant sur le traitement préventif,
  • Comment faire son témoignage.
  • Information sur l’importance d’utilisation de condom et planning familial chez les guéris d’Ebola,
  • Briefing sur la lutte et protection contre l’exploitation et les abus sexuels,
  • Apres la formation, le membre formé était appelé à aller sur terrain pour sensibiliser dans sa communauté, au moins 2 séances par jour et cela chaque jour, une sensibilisation de masse (à l’Eglise, école, hôpital, famille, groupe spécifique, auprès des autres guéris...…}.

Exemple : Rapport hebdomadaire d’un sensibilisateur dans la zone de santé de MABALAKO  du 5 au 11 Avril 2021 :

                  Nombre de personnes sensibilisées dans ces 7 jours : 2171 personnes dont 176 hommes, 700 garçons, 332 femmes, et 963 filles.

 

Revenant sur l’auteur de cette résurgence qui est pour l’instant porté disparu, ne craignez-vous pas qu’il soit porteur de nouveaux risques au sein de la communauté au sein de laquelle, il est actuellement cachée ?

Oui, il y a de soucis par rapport à sa disparition dans la nature d’autant plus que cette résurgence est partie de sa famille et méritait un suivi beaucoup plus rapproché pour éviter le pire. Il constitue déjà un cas perdu de vu dans le programme de suivi des personnes guéries d’Ebola.  Néanmoins il n’y a pas aussi beaucoup à craindre parce qu’il était presque au terme de son suivi régulier de 18 mois et avait déjà 2 résultats négatifs de sperme (septembre et octobre 2020). L’idéal serait de le retrouver au plutôt pour la continuité de son suivi et pour d’autres investigations beaucoup plus avancées. L’association se démène pour le retrouver pour ensuite l’orienter vers programme de suivi.

Votre association compte à ce jour une trentaine de membres qui ont eu des enfants après guérison et qui n’ont pas forcement observé les 500 jours d’utilisation scrupuleuse de préservatifs. Quels sont les conséquences liées à cet état de fait ?

Tout d’abord nous n’encourageons pas les grossesses précoces après la guérison de la MVE quand bien même ces femmes et enfants ne présentent jusque-là pas assez de complications parce que :

  • Tout d’abord, la MVE est une nouvelle maladie dont on ne maitrise pas encore bien sa physiopathologie. Elle nous réserve beaucoup de surprises,
  • Une autre conséquence de la grossesse précoce peut être une réactivation  possible du virus à cause de baisse de l’immunité chez la femme enceinte guérie d’Ebola. Au cours de la 10e épidémie, deux cas probables  de  réactivation du virus ont été notifiés chez les femmes enceintes qui malheureusement s’étaient soldés par de décès maternels,
  • Le risque de contamination par voie sexuelle si le mari guéri reste encore positif, et cela peut facilement déclencher une nouvelle épidémie,
  • Le risque de contamination mère- enfant soit en intra-utérine, soit pendant l’accouchement si les annexes fœtales sont positives soit pendant l’allaitement. Un cas de contamination fœto-maternelle en intra – utérine avait été notifié chez un couple de guéri lors de la 10e épidémie et qui s’était soldé par mort fœtale in-utéro.

De vos expériences personnelles et des retours que vous font les membres de votre association, y-a-t-il des difficultés à observer cette prescription de 500 jours ? Si oui, pouvez-vous nous donner plus de détails ?

Oui, il y a des difficultés parfois à observer cette prescription de 500 jours pour telles ou telles autres raisons telles que :

  • Difficulté liée à la nature et/ou l’habitude d’une personne à une autre,
  • Difficulté liée à la culture et conviction religieuse,
  • Incompréhension dans le couple,
  • Ignorance,
  • Traumatisme psychologique qui peut conduire à une perversion sexuelle,
  • Indisponibilité d’intrants, ou accès difficile aux intrants.

Pour les soucis liés à la santé sexuelle reproductive (usage de condoms, consultation prénatale, accouchement), quels sont vos attentes vis-à-vis du Gouvernement et les autres acteurs de la riposte à la MVE ?

Pour l’usage de condom, Consultation Prénatale (CPN), Accouchements, nos attentes vis-à-vis du Gouvernement et les autres acteurs sont les suivantes :

  • Pour le gouvernement en travers le ministère de la santé dans son programme de suivi des personnes guéries d’Ebola doit appuyer et s’appuyer sur l’Association des vainqueurs d’Ebola pour bien mener les activités de la surveillance épidémiologique de la MVE.  Aussi parce que cette surveillance doit aussi s’élargir jusque dans les familles des guéris et voire leurs contacts lors de la phase de la maladie. Cela ne peut être possible et efficace que si et seulement si ces derniers sont directement associés et formés dans cette surveillance et prévention,
  • Il faut la gratuite des accouchements, CPN et soins chez les guéris et épouses de guéris pendant une période donnée pouvant même aller jusqu’à 3 -5 ans dans le cadre de la surveillance épidémiologique,
  • Aux autres partenaires en particulier UNFPA ,
  • Appuyer et accompagner l’association des vainqueurs d’Ebola dans ses activités de campagne d’utilisation des préservatifs et planning familial pour la prévention contre les infections, transmission sexuelle de la MVE et pour la promotion de la santé de la reproduction,
  • Rendre disponible et accessible les intrants de planning familial et le condom aux guéris d’Ebola,
  • Former les guéris d’Ebola sur les méthodes de planning familial et sur la santé de la reproduction.