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« L’UNFPA nous a permis de faire du bien, de déployer nos talents », Dr Dolores Nembunzu

La soixantaine, Dr Dolores Nembunzu n’a connu le vrai sourire qu’avant sa vie active car tous les jours, elle répare dans la douleur des milliers de fistuleuses. Pour le compte de l’UNFPA, elle a déjà aidé près de mille femmes congolaises à retrouver leurs sourire et dignité. Après sa toute première intervention à Kananga (Kasai), elle s’est prêtée à nos questions.

Hier vous avez opéré avec succès madame Adolphine Mputu, est-ce que pouvez-vous nous dire en réalité de quoi elle a souffert pendant ces dernières années ?

Comme vous le dites, Madame Mputu a souffert d'une fistule de recto-vaginale et nous l’avons opéré avec succès. C’est notre première intervention à Kananga et l’hôpital Saint-Georges qui nous accueille est bien préparé pour cette intervention.

Quel est le taux de prévalence de tel cas en RDC?

Environ 0,8% des cas connus en RDC. C’'est un cas de fistule obstétricale qui arrive assez rarement mais quand elle arrive, elle est assez sérieuse, compte tenu de l'incommodation qu'elle entraîne chez les femmes très jeunes et celles qui ont un petit bassin. Elle peut aussi subvenir lorsque l'enfant n'est pas en très bonne position, et qu’on fait des manœuvres pour faire sortir l'enfant.

Alors pouvons-nous estimer aujourd'hui que madame Mputu est totalement guérie ?

Madame Mputu est totalement guérie. Ça, je vous le garantie, l'intervention ça s'est très bien passée, je l'ai vu ce matin radieuse dans son lit.

Combien de temps cela vous a-t-il pris pour mettre un terme à 12 ans de cauchemar de cette dame ?

L'acte opératoire a pris 45 minutes et la préparation une quinzaine de minutes avant.

Quels sont les risques éventuels et quelles peuvent être les prescriptions pour elles dès à présent ?

Parlant des risques comme tel non. Mais, il faut parler des mesures préventives qu'elle doit adopter. Déjà là au lit on va lui dire d'éviter de s'asseoir longtemps, une demi-heure c'est bon après, elle doit se coucher plus longuement et observer une hygiène assez stricte ; être propre à tout moment et éviter de refaire la maternité. Elle doit strictement éviter les relations sexuelles avant trois mois et si éventuellement elle doit planifier à son ultime désir une prochaine grossesse, cela ne saurait être avant 12 mois.

Si vous permettez Docteur pouvons-nous revenir sur l'origine c'est à dire la cause de la fistule obstétricale ?

La fistule obstétricale, est essentiellement dûe à deux causes reconnues par UNFPA, et tous les organismes qui traitent la fistule, c'est un travail d'accouchement difficile et prolongé. Dans ce premier cas, la femme n'a pas pu accoucher dans les délais normaux. Deuxièmement, elle n'a pas pu bénéficier des soins obstétricaux d'urgence, en l'occurrence la césarienne. La fistule obstétricale est liée à ces deux causes essentielles. Et dernièrement on a parlé de fistule iatrogène lorsque cette césarienne ne se passe pas dans des bonnes conditions. En outres, un accident peut provoquer une blessure sur la vessie (viol, chute, cassure des os du bassin) de la femme et entrainé la fistule qu’on appellera une fistule traumatique.

Considérons le contexte particulier de la RDC où un nombre important de fistules sont dus au viol. Quels sont les sentiments qui vous animent quand votre chirurgie réparatrice se pratique dans le contexte post-conflit ?

Y a beaucoup de sentiment de douleur, beaucoup de compassion et de peine surtout quand il s'agit de viol, c'est pénible surtout c'est souvent chez les jeunes personnes qui gardent beaucoup de séquelles, surtout celles qui sont atteintes par les armes de guerre, les cartouches, les bâtons, la baïonnette, coup des balles laissant beaucoup de dégâts dans le corps de la femme....Même quand, nous réparons, les victimes portent toujours des dégâts psychologiques qui détruisent la femme au fond d'elle-même, face à son mari, face à ses enfants et face à la société toute entière. Nous sommes conscients que nous ne réparons pas toute la souffrance de la victime car elle doit faire face à l’environnement communautaire parfois hostile, les regards malveillants et la stigmatisation à vie. Quand il s’agit des viols sur mineures, ça fait très mal. Tout le monde est mal à l'aise dans le bloc opératoire, vraiment mal à l'aise ça donne un mélange de révolte et de pitié ; psychologiquement cette journée se termine très mal, on est obligé de ramener tous ces douleurs à la maison, en parler donc c'est pénible à franchement parler.

Pour l'UNFPA-RDC, la réparation de fistule est devenue une urgence humanitaire, alors nous travaillons avec les personnes de votre institution, selon vous quelles sont les défis que vous voyez en votre qualité de réparatrice de la fistule en RDC ?

Je dirais que ce sont l'équipement des hôpitaux qui doivent accueillir notre équipe. C'est un défi qui est en voie d’être résolu. La formation du personnel local à la prise en charge correcte des malades sur place. Nous parlerons après de la pauvreté qui est un facteur important dans la prévalence de la fistule. Il faut maintenant considérer les grands défis de la faiblesse du statut de la femme, la souffrance, la pauvreté, la douleur et tout ce qui tourne autour de la situation de la grossesse. C'est encore un grand défi pour moi. C'est la guerre des femmes comme on le dit en Afrique de l'ouest car on pense que c’est sa responsabilité d’accoucher correctement alors si elle n'a pas pu accoucher du tout, ça devient la stigmatisation. Ces aspects collatéraux sont toujours très gênants pour moi. Enfin, on cherche toujours à s’adapter aux défis structurels des formations sanitaires.

Un message pour UNFPA ?

Grand merci pour UNFPA, pour ce qu'il fait pour les femmes en RDC. Un deuxième MERCI parce que UNFPA nous a permis de faire du bien, de déployer nos talents. Je souhaite beaucoup de chance à l’actuel Représentant qui est très engagé par rapport à la question de la fistule. Son époque est le temps de l’ouverture de l’agence sur notre combat quotidien. Il a fait que je renoue avec ISIRO, ma ville d'origine et où j'ai plus tard démarré ma carrière de Médecin. Cela a été l’occasion de rendre sans partie-prie ou tribalisme un petit service à la communauté qui m’a vue naitre.