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« …Les violeurs m’ont abandonné dans une maison inachevée au quartier Jamaïque… »

Au Centre Intégré des Services Multisectoriels (CISM) de l’hôpital Général de Kintambo, Jiji (nom d’emprunt) presqu’en larme raconte ses moments de souffrance. Agée de 16 ans, « j’ai été enlevée vers 14 H 00 en sortant de l'école, à bord d'un taxi avec 3 hommes qui m'ont violée à tour de rôle.  Après leur forfait, les violeurs m’ont abandonné dans une maison inachevée au quartier Jamaïque, et j’ai pu rentrer chez nous après cet incident ».

La famille a porté plainte contre inconnu dans un poste de police à coté et celle-ci l’a orienté vers l’hôpital général de Référence de Kintambo pour les soins appropriés. Jiji a bénéficié de la prise en charge médicale avec les kits post viols étant donné qu’elle était arrivée à l'hôpital endéans 72 heures, est également d'une prise en charge psychosociale et d'un accompagnement juridique.

Avec cet évènement, Jiji était traumatisée, angoissée et vivant dans la honte et la peur. Avec l’accompagnement psychosocial reçu, elle a retrouvé l’estime et la confiance en soi et a repris le chemin de l'école, elle pense qu’un jour que ces violeurs seront appréhendés et arrêtés par la justice.

A travers ce récit, les cas de violences basées sur le genre dont les viols ne sont pas seulement enregistrés à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) en situation de crise. De plus en plus, on assiste à une recrudescence de cas de violences basées sur le genre dont les viols dans les zones hors conflits et la ville de Kinshasa n’est pas épargnée.

Grâce au Programme conjoint : « Justice, Autonomisation et Dignité des Femmes et des Filles en RDC », en sigle JAD, l’Hôpital Général de Kintambo abrite dans le pavillon du service de gynécologique, un Centre intégré de services multisectoriels (CISM) pour une prise en charge holistique des survivantes des violences basées sur le genre de la ville de Kinshasa.

Le centre assure une prise en charge médicale et psychosociale des cas de viols ou autres cas de violences basées sur le genre provenant du service médical et/ou des communautés à la suite des différentes sensibilisations des populations via le mécanisme de prévention. Un accompagnement Juridique est accordé et les dossiers éligibles sont orientés vers les barreaux pour l’assistance judiciaire. Du 1er Janvier au 31 Décembre, plus de 400 cas ont été pris en charge sur le plan médical et 319 cas sur le plan psychosocial. De 2016 à 2019, plus de 1468 cas ont été pris en charge avec une moyenne de 300 cas par an. La majorité des victimes des cas de Violences basées sur le Genre sont des mineurs.


One stop Center de l’HGR de Kintambo

Dr Bibiche Awezaye, responsable de la prise en charge médicale au CISM de Kintambo, s’est réjouie de cet appui du projet JAD, mais s’inquiète de la pérennisation du CISM après le départ des partenaires alors que cette structure reçoit chaque jour plusieurs cas de viols venant non seulement de Kinshasa, mais aussi du Kongo Central. « Il faut voir après le projet. À la fin du projet de prise en charge des survivantes de violences sexuelles financé par Magna en 2016, nous avons dû circuler pour chercher d’autres partenaires. JAD est ici pendant 5 ans. Comment prendre en charge les survivantes après le départ des partenaires ?  Le gouvernement doit mettre en place de mécanismes pour pérenniser les activités du CISM ».

Le psychologue Yves Mupiere, responsable du guichet psychosocial pour la prise en charge des survivantes, de leur famille et proche, affirme que les survivantes qui sont prise en charge gratuitement se sentent très bien après les séances prévues pour la psychothérapie. Mais je rencontre des petites résistances dans le cas de viols collectifs. Il faut y aller doucement car ce sont des cas qui prennent un peu plus de temps surtout lorsqu’il s’agit des adultes qui ont une certaine expérience de vie. Ce n’est pas facile d’effacer toutes les émotions négatives qu’elles peuvent développer après un évènement traumatique vécu de ce genre. »

Le CISM de Kintambo assure également la réinsertion socio-économique des survivantes/survivants. Les survivantes mineures et en âge de scolarisation sont réinsérés dans le système scolaire normal. La prise en charge dans les CISM a la particularité de minimiser la déperdition des cas de VBG, de lutter contre la stigmatisation et d’assurer le rapprochement de services des bénéficiaires.

Outre le CISM de Kintambo, le programme JAD vient d’installer à Kinshasa deux autres CISM à l’Hôpital Général de Référence de Ndjili et au Centre de santé Mère et enfant de Ngaba.


Visite du CISM par l’Ambassadeur du Canada, accompagné de la Ministre
honoraire du Genre, du Représentant de l’UNFPA, des équipes JAD
et du CISM

C’est depuis Octobre 2018 que le projet JAD assure le renforcement des capacités des structures de prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre dans les provinces de Kinshasa, Kasaï, Nord Kivu, Sud Kivu et Ituri. Financé par le Canada, son exécution est assurée par des agences des Nations Unies (UNFPA, BCNUDH et PNUD). D’autres partenaires y sont associés tels que de ONG internationales (OXFAM et Search for Common Ground) et des organisations nationales/locales de défense des droits des femmes telle que SOFEPADI.