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« ……Quand elle préparait à manger, elle se sentait mal à l’aise parce qu’elle pensait que ses matières fécales souillaient la nourriture de la famille…. »

ROBERT KAMBA est sans doute l’homme le plus heureux du village de Matamba (60 km de la ville de Kananga). Il revient d’un très long cauchemar. Son souhait est de rencontrer les dirigeants du Fonds des Nations Unies pour la Populations(UNFPA) pour la nouvelle vie qui commence au sein de son foyer.

 

« Ça fait maintenant 12 ans que nous avons vécu cette situation ma femme et moi. Nous avons énormément souffert. Et elle quand elle préparait à manger, elle se sentait mal à l’aise parce qu’elle pensait que ses matières fécales souillaient la nourriture de la famille. Robert tient à manifester sa reconnaissance aussi à l’équipe de chirurgiens venue de l’Hôpital St Joseph de Kinshasa pour prêter main forte à l’l’Hôpital St Georges de Kananga qui met en œuvre pour le compte du projet CERF UN, une campagne de réparation de cent cinquante femmes souffrant de fistules obstétricales. Parmi elles, Adolphine Mputu dont le premier accouchement a connu des complications dues à son jeune âge car en 2006, elle n’avait que 14 ans lors de son premier accouchement. Depuis le couple a eu cinq autres enfants et Robert est demeuré fidèle à son engagement d’époux compatissant et accompagnant les peines mentales de sa femme qui sont devenues insupportable après le troisième accouchement.

 

Avec son maigre salaire de planton dans la fonction publique, il a su subvenir aux besoins de sa famille, se faisant soutenir pour la prise en charge des  soins médicaux de son épouse par Caritas Kananga qui appuie traditionnellement l’Hôpital General de MIKALAYI, une formation sanitaire confessionnelle dont le Service Sociale est appuyé par l’ONG Caritas Kananga. Pour s’y rendre en vue de recevoir les soins, Adolphine devait parcourir à pied chaque semaine une distance 120 kilomètres loin du hameau de Matamba où Robert à du construire un abris pour la famille totalement en retrait des autres cases pour cacher à tous les voisins , et même les enfants, la maladie de sa femme. « Après notre troisième fille, j’ai constaté que sa situation est devenue  vraiment terrible. J’avais peur et je craignais qu’elle pouvait mourir !!! N’eut été l’intervention des médecins. J’étais trop mécontent car je la voyais tout le temps malade. Quand elle pissait, les urines sortaient en désordre »

 

Malgré la demande de Caritas Kananga pour garder Adolphine sous observation médicale, et la distance qui sépare son domicile de l’Hôpital Général de MIKALAYI, le personnel n’a pas accepter de la garder dans les salles d’hospitalisation à cause de son incontinence et des odeurs désagréables qu’elle dégageait.

 

  Pour la famille Kamba, une autre vie vient de commencer en témoigne Robert « Maintenant, je vois madame en bon état. Quand elle part faire ses besoins, il y a deux canaux séparés donc elle est en bon état pour bien dire. »

 

En réalité, Adolphine n’avait que 14 ans quand elle a eu son premier bébé sous la direction d’une matrone. Sa petite constitution physique laisse entrevoir un petit bassin qui n’a pas favorisé le passage aisé du nouveau-né à l’accouchement. La matrone du moment ne pouvait pas envisager la possibilité d’une césarienne et l’hôpital de référence où elle pouvait recevoir des soins de qualité se situe à plus de soixante kilomètres de son domicile.

 

Comme dans beaucoup de provinces de la République Démocratique du Congo, le mariage précoce est une pratique ordinaire qui s’est aggravée avec le désordre social engendré par plusieurs décennies de conflits ou le viol de la femme est devenu une arme de guerre violente, laissant dans la détresse des milliers de femmes avec des affections cliniques diverses dont la fistule obstétricale[1]. Celle-ci est un trou anormal qui se crée entre le canal vaginal et la voie urinaire et ou rectale, ainsi peut-on avoir des fistules vésico-vaginale, quand le trou est entre la vessie et le vagin soit la fistule recto-vaginale que le trou communique le vagin et le rectum (partie terminale du gros intestin), soit une fistule complexe dite vésico-recto-vaginale quand le canal vaginal communique aussi bien avec la vessie que le rectum.

 

Le cas de Adolphine est pathétique d’une certaine réalité dans beaucoup de contexte de pays sous-développés, où la misère et le faible niveau d’éducation ne favorise pas une meilleure transition des adolescentes vers l’âge de maturité sexuelle sacrifiant ainsi leur droit à la santé reproductrice. Fort de son mandat le bureau pays du Fonds des Nations Unie pour la Population (UNFPA) en RDC est intervenu grâce au projet CERF pour soulager la douleurs de plus de 600 femmes et filles souffrant de fistule obstétricale identifiées dans six provinces à grande vulnérabilité (Kasaï, Kasaï Central, Nord Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika). Au cours de cet exercice, l’UNFPA a non seulement assuré la gratuité des soins, mais ,aussi, l’Agence des Nations Unies a veillé à ce que les formations ayant accueilli les équipes d’intervention chirurgicale bénéficient de la rénovation et la mise aux normes de leurs blocs opératoires et leurs personnels locaux formés de sorte à pouvoir prendre le relai localement en vue de soulager le plus grand nombre de femmes en détresse de fistules obstétricales. Lesdites formations pourront ensuite fournir les prestations essentielles et urgentes en santé de reproduction (dispositif minimum d’urgence) afin d'atténuer les souffrances, prévenir le décès des mères et des nouveau-nés, soigner les conséquences de la violence sexuelle, rendre disponibles les choix en matière de contraception.  En RDC, l’incidence annuelle de la fistule obstétricale en RDC n’est pas connue mais, on estime à 1-10 cas de fistules pour 1000 naissances (OMS). La plus récente Enquête Démographique et de Santé montre qu’il y a environ 42.000 femmes dans le pays qui ont une fistule non traitée. 

 

Comme dans le cas de Adolphine, les femmes et les filles atteintes d’une fistule obstétricale comptent parmi les êtres les plus marginalisés et négligés, et la persistance de la fistule obstétricale illustre durement de graves inégalités et le déni des droits et de la dignité. C’est pourquoi, après les soins médicaux, l’UNFPA à travers le projet  a introduit  un volet de réinsertion socio-économique en vue de permettre leur autonomisation rapide au sein des communautés les ayant autrefois stigmatisées et rejetées. Dans sa joie d’avoir retrouvé sa jeunesse, Adolphine ne pense qu’à consacrer le reste de sa vie à sensibiliser les autre femmes malades sur leurs chances de guérison car « ….mes urines coulaient sans contrôle. J’avais beaucoup de souffrance surtout à la naissance de mon troisième fils mais pour le moment je me porte bien. Je suis tres heureuse et je remercie tous ceux qui m’ont aidée entre autres l’organisme UNFPA et Caritas Kananga. Toutes les mamans qui sont ici sont dans la joie. Nous demandons à l’Eternel Dieu d’aider toute l’équipe de cet organisme pour leur bonne volonté de nous prendre en charge pendant deux semaines. Nous sommes bien portant et notre santé est en bon état. Nous les remercions beaucoup. Et moi, je suis maintenant en bonne».

 

L’engagement de Adolphine aura permis à d’autres femmes porteuses de fistule dans sa communauté, de connaitre les circuits de référencement existant à leur portée5ONG et hôpitaux) pour bénéficier de la prise en charge gratuite offerte par l’UNFPA grâce aux Fonds des Réponses Humanitaires d’Urgence (CERF) et des financements additionnels auprès de la Communauté internationale(Ambassades Canada, Suède et Italie), des Gouvernements provinciaux, et des personnes de bonne volonté à travers des galas de mobilisation de ressources.

 

Par Théophane PATINVOH Photos : Junior MAYINDU

 
  • [1] La fistule obstétricale est la constitution d'une communication anormale (une fistule) entre le vagin et la vessie (fistule vésico-vaginale) ou entre la vessie et le rectum (fistule vésico-rectale) ou entre le vagin et le rectum (fistule recto-vaginale) survenant à la suite d'une grossesse compliquée des mutilations génitales féminines, infectieuses. Sa prévalence est estimée à 3 000 000 de femmes à travers le monde.

 

  • Si la patiente est vue précocement, la mise en place d'un cathéter dans la vessie permet de diminuer la pression sur les tissus et d'obtenir un certain nombre de fermetures spontanées des fistules.
  • En cas d'échec de cette méthode ou si la patiente est vue tardivement, seule une réparation chirurgicale est possible.
  • Même en cas de succès de la fermeture, une incontinence peut subsister, par lésion des sphincters de la vessie, dont le traitement reste complexe et aléatoire.
  • Le traitement préventif le plus efficace reste cependant l'amélioration des conditions socio-économiques permettant une prise en charge médicale correcte des accouchements difficiles. On aussi réduire sensiblement sa prévalence en retardant l’âge du mariage et de la première naissance.