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En finir avec la tragédie de la fistule obstétricale en R.D. Congo

21 April 2016
En finir avec la tragédie de la fistule obstétricale en RDC

Le Ministère national de la santé  en partenariat avec  UNFPA et  l'Hôpital HBMM, a organisé la campagne nationale de réparation de la fistule obstétricale dans les Villes de Kinshasa, Goma et Lubumbashi. Les opérations ont été réalisées par des  chirurgiens venus de la France et du Sénégal mais aussi des médecins locaux spécialisés dans la réparation des cas de fistule. Au-delà d’une simple mission de réparation, la campagne a été une belle occasion de transfert de compétences entre spécialistes internationaux et chirurgiens locaux en vue d’une bonne prise en charge médicale des femmes atteintes par la fistule.

Reparation de cas de fistule obstétricale à l'Hopital Biamba Marie Mutombo à Kinshasa

La campagne était aussi le moment idéal de redonner espoir et dignité à toutes ces femmes qui souffrent en silence de cette invalidité, causée la plupart du temps par les mariages précoces avec leur corolaire, à savoir les grossesses précoces.

Mais aussi par les accidents consécutifs à des accouchements compliqués sans prise en charge adéquate dans les structures sanitaires. Ainsi, une centaine de femmes a bénéficié de la prise en charge gratuite comprenant entre autre, la réparation de la fistule, les soins post opératoires et la remise des kits de dignité.S.E Ministre de la Santé et Mme la Représentante de l'UNFPA en visite à l'Hôpital Mutombo

En RDC, la Fistule Obstétricale touche environ 40 000 femmes et depuis 2005, près de  3500 femmes ont été guéries grâce à l’appui de UNFPA à travers les différentes campagnes menées avec le concours du gouvernement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques témoignages des femmes gueries

 

Ornella Kabange de Lubumbashi  a 19 ans. « J’étais mariée à 17 ans et juste après je suis tombée enceinte de ma première grossesse et l’enfant a échoué de sortir. On m’avait fait la césarienne et on m’avait placé une sonde.  

Une semaine après que la sonde avait été retirée, les urines ont commencé à sortir sans frein. Le médecin a dit qu’il ne pouvait rien faire pour mon cas. Je suis restée pendant 2 mois à l’hôpital sans être guérie. Je suis  rentrée dans cet état à la maison où je suis restée pendant 6 mois en train de mouiller mes habits.

J’avais honte d’en parler aux gens et même de rester à côté des membres de ma famille parce que je sentais très mauvais. Je suis étonnée de voir et d’entendre qu’il y a des femmes qui souffrent de cette maladie plusieurs années. Six mois de la fistule n’ont pas été faciles pour moi et j’imagine leur souffrance. J’ai commencé avoir des brulures entre mes jambes.

Une maman étais venue m’informer qu’il existe un hôpital qui soigne cette maladie. Elle m’a conduit jusqu’ici où j’ai subi une intervention qui a bien réussi. Les urines ne coulent plus sans frein, elles coulent normalement, ma santé est redevenue normale. Je remercie UNFPA pour cette guérison gratuite ».

 

 

Josée wa Mitonga, 14 ans vient de Kamina près de 800 km de Lubumbashi. « Ma mère est morte en 2010 et mon père m’a abandonné. C’est ma grand-mère qui me rend en charge et elle ne sait pas payer mes études que j’ai abandonnées en 6ème primaire. J’aidais ma grand-mère à faire le champ et je suis tombée enceinte à 12 ans. Pendant les douleurs de l’accouchement, on m’a fait la césarienne parce que je ne pouvais pas pousser le bébé, qui malheureusement est mort.

Deux jours plus tard les urines ont commencé à couler. Je posais la question aux infirmiers, ils m’ont dit que j’étais malade. Je suis restée avec cette maladie pendant 2 ans. Les gens se moquaient de moi, même ma grand-mère en faisait partie surtout le jour où elle s’est réveillée mal. Elle ne voulait plus que je l’accompagne au champ de peur que je  touche le produit de sa vente.

Lorsque j’ai appris qu’à l’HGR de Kamina, l’on cherchait les personnes dont les urines coulaient, j’étais la première à me présenter pour tenter une guérison et en finir avec cette honte. J’étais opérée après 2 jours de notre arrivée ici à Lubumbashi.  J’avais peur de l’opération, mais je n’avais pas de choix surtout que c’est le seul passage pour être guérie. Je dis grand merci à ceux qui ont donné l’argent pour m’a guérison gratuite. Que Dieu le bénisse ».

Le professeur Magueye Gueye chirurgien urologuePour le Professeur Serigne-Magueye Gueye, « il ne s’agit pas de venir au Katanga pour opérer les fistules, mais nous sommes venus pour le processus de transfert de compétence. Les praticiens locaux doivent s’approprier eux-mêmes cette stratégie et qu’ils soient en mesure d’opérer un certain nombre de cas. Nous pourrons revenir à Lubumbashi  pour les renforcer et peut-être opérer les cas les plus difficiles. Certains parmi eux pourront devenir très rapidement des formateurs, des experts nationaux qui seront disponibles non seulement pour la ville de Lubumbashi mais peuvent-être disponibles pour les provinces environnantes. Nous pensons que c’est de cette manière seulement que nous atteindrons l’objectif qui est d’éliminer la fistule très bientôt ».

Professeur Falandry : «  Derrière la réparation, il ya une femme et nous devons faire notre mieux pour redonner espoir. De plus, il ne s’agit pas seulement de fermer un orifice pour que la femme soit guérie, il ya aussi la réparation psychologique et sociale qu’il faut faire pour guérir la femme. Car la guérison doit être globale.
Je dois dire que je suis toujours angoissé quand j’entre en bloc et vois une femme à opérer. Car l’échec est la pire des choses qui peut arriver, et en cas d’échec, aucune autre femme appartenant au même village que celle qui venait d’être opérée ne viendra se faire opérer. »