À Beni, au cœur d’un Nord-Kivu marqué par des violences persistantes, l'espoir prend une forme nouvelle : celle de l'autonomie. Au-delà de la prise en charge médicale et psychologique, UNFPA passe aujourd’hui à l’échelle supérieure dans l’utilisation des transferts monétaires.
Pour de nombreuses survivantes des violences sexuelles liées aux conflits, l’absence de revenus est souvent un piège de dépendance, exposant les survivantes à de nouveaux abus.
Sans moyens pour subvenir à mes besoins, je me retrouvais souvent dans des situations dangereuses. Mais, je viens d’apprendre comment me prendre en charge même avec un peu de sous, grâce à une activité génératrice de revenu », confie Masika Solange (nom d’emprunt).
Cette approche innovante introduite dans le Grand-Nord du Nord Kivu s’appuie sur les leçons apprises et les stratégies solides développées par UNFPA grâce aux financements du Bureau pour la Protection civile et opérations d'aide humanitaire européennes (DG-ECHO) et du Fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies (UN-CERF) ailleurs au Nord Kivu, Sud Kivu et Ituri. Ces expériences ont permis à UNFPA de structurer une intégration rigoureuse du "cash" au sein de la gestion des cas de violences basées sur le genre (VBG).
Chaque survivante, identifiée dans un parcours de rétablissement suite à un incident des VBG, reçoit une subvention de 230 USD, un capital de départ crucial pour lancer sa propre activité génératrice de revenus (AGR). Ce transfert monétaire n'intervient qu'après un cycle d'accompagnement intensif en entrepreneuriat, gestion et planification, garantissant ainsi que chaque dollar investi devienne un pilier de leur future indépendance.
Une synergie inédite pour la réparation des victimes
Pour la première fois, cette assistance est intégrée à la stratégie nationale de réparation portée par le Fonds National de Réparations des Victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité (FONAREV). Loin d'être une simple aide temporaire, ce dispositif constitue un véritable bouclier d'autonomisation économique et le premier pas concret vers la reconstruction d’une vie brisée.
Dans le cadre d'un partenariat stratégique avec le FONAREV, UNFPA collabore avec quatre autres agences du système des Nations Unies pour mettre en œuvre ces formes de réparations dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Ces mesures visent spécifiquement les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits (VSLC).
À Beni, un premier groupe de 40 femmes et jeunes filles, déjà accompagnées par le Centre Intégré de Services Multisectoriels (CISM) de UNFPA, a bénéficié de ce programme fin 2025. Chaque survivante a donc reçu l’accompagnement et la subvention de 230 USD, un capital de départ crucial pour lancer sa propre AGR, un pilier de leur future indépendance.
Une approche intégrée centrée sur la protection
L’approche adoptée repose sur une méthodologie progressive et rigoureuse, pensée pour garantir à la fois l’efficacité économique et la sécurité des survivantes.
Dans ce processus, le choix stratégique du Mobile Money joue un rôle central. Le recours exclusif aux transferts monétaires électroniques permet d’éviter les distributions d’argent liquide, souvent sources d’exposition, de stigmatisation ou de risques sécuritaires dans un contexte sensible comme celui de Beni.
Le Mobile Money garantit la discrétion et la sécurité des bénéficiaires. Lorsqu’elle est mise en œuvre de manière sûre et confidentielle, l’autonomie économique devient un puissant moyen de prévention des violences basées sur le genre. » explique Papy Shweka, spécialiste en cash and voucher assistance à UNFPA.
Pour les survivantes comme Kavira Mangaza (nom d’emprunt), cette modalité de transfert offre une tranquillité d’esprit essentielle.
Recevoir l’argent directement sur mon téléphone me protège. Je peux investir dans mon activité sans attirer l’attention ni subir de pressions », a-t-elle témoigné.
Au-delà de l’aspect économique, cette approche intégrée vise à restaurer l’estime de soi, le pouvoir de décision et la capacité d’agir des survivantes, des éléments fondamentaux de leur relèvement et de leur réintégration socio-économique durable.
« Je vais être une commerçante » : De survivante à actrice de son relèvement
Au-delà du soutien financier, le programme vise une transformation durable. Les formations ont porté notamment sur l’identification d’activités rentables, l’analyse des débouchés locaux, l’élaboration de plans d’affaires et la gestion responsable des revenus.
Je ne suis plus seulement une survivante. Aujourd’hui, je suis une commerçante bien formée. Avec mon argent, je vais entreprendre dans la vente des oignons et des tomates », témoigne Sifa, après avoir reçu son argent.
En contribuant aux dépenses du ménage, en développant leurs propres activités et en reprenant une place active au sein de leur communauté, ces femmes et jeunes filles franchissent une étape décisive vers une autonomie durable.
Entre réparation urgente et justice transitionnelle : un premier pas vers la dignité
Bien que puissante, cette assistance en cash constitue une mesure de réparation provisoire et urgente. Dans le contexte actuel de la RDC, où les conflits actifs limitent encore l'accès à une justice complète, cette intervention s'inscrit comme un levier de justice transitionnelle essentiel. Elle reconnaît officiellement le statut de victime et le préjudice subi, alors même que les éléments constitutifs de ces actes, souvent qualifiables de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, attendent une réponse judiciaire globale.
L'ambition ultime demeure l'accès des survivantes à une réparation intégrale. En attendant que les conditions sécuritaires et juridiques permettent cette pleine reconnaissance, le FONAREV, soutenu par l’expertise technique de UNFPA, fait le choix de l’action immédiate. En investissant dans la dignité, la sécurité et la résilience, ce programme ne se contente pas de fournir une aide ponctuelle : il érige un véritable bouclier économique.
(les noms ont été changé pour de raison de sécurité)
